Homélie de Mgr Laurent ULRICH - Messe anticipée de la fête de l’Ascension en la cathédrale Notre-Dame

Mercredi 13 mai 2026 - Notre-Dame de Paris

– Ascension du Seigneur – Année A

- Ac 1, 1-11 ; Ps 46, 2-6.6-9 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20

Ce mystère de l’Ascension est tout à fait essentiel dans notre foi, et nous fait comprendre quelques vérités importantes dont nous essayons de vivre.

Vous avez entendu, dans la deuxième lecture, ce qu’affirme l’apôtre au sujet du Christ : « Dieu l’a placé au-dessus de tout, même des êtres célestes » est-il écrit, « non seulement pour ce temps présent, mais pour l’éternité. » Nous comprenons, à travers cette formule qui peut nous paraître un peu abstraite, qu’un épisode est terminé : ce n’est pas un épisode simplement occasionnel mais vraiment volontaire, c’est l’histoire, l’aventure de Jésus sur terre, Jésus foulant la même terre que nous dans ce petit coin de Palestine. Cette histoire-là est en effet terminée : elle voulait montrer la volonté de Dieu de s’incarner, d’être proche des hommes, d’être l’un d’entre nous et de vivre l’histoire humaine, avec d’autres personnes qu’il rencontre dans la vérité de l’amour de Dieu, mais aussi dans la simplicité du quotidien de tous les hommes. Il désire partager la vie de ceux dont il fait ses contemporains dans un même lieu et dans une même histoire concrète, dans une même histoire simple faite de relations les plus humaines qui soient. Mais ce moment-là est terminé et, placé au-dessus de tout non seulement pour le temps mais aussi pour l’éternité, son histoire rejoint l’humanité tout entière et de tous les temps. Il échappe d’une certaine façon au temps de l’histoire qu’il a vécue en Palestine avec ses disciples, ses apôtres et tous ceux qu’il a rencontrés sur les chemins. Il n’oublie pas cette histoire mais il dit : ce que j’ai vécu avec ceux qui étaient proches de moi, après la mort et la résurrection, après le fait que j’ai donné ma vie et que la vie m’a été rendue pour toujours, cette histoire-là, désormais, concerne l’humanité tout entière et la création tout entière. Le voici placé plus haut que tout pour sauver tout : sauver l’humanité, sauver les hommes et les femmes, sauver la création dans laquelle vivent les hommes et les femmes que nous sommes, de tout temps et dans toute l’humanité.

C’est la première chose que nous retenons et que nous comprenons : cette ouverture à tous et à toute la création. Puis il est dit dans l’évangile : « De toutes les nations faites des disciples. » C’est la parole finale de l’évangile de saint Matthieu que nous avons entendue à l’instant, ce sont les dernières consignes de Jésus après sa résurrection, après qu’il s’est manifesté à ses disciples. Le voilà qui disparaît à leur regard et qui leur dit : « De toutes les nations faites des disciples. » Il a demandé à ses disciples d’aller rejoindre toutes les cultures humaines et à toutes les époques qui suivront. C’est magnifique l’histoire de l’Église ! Elle a bien des choses à se reprocher, et nous le savons ; elle n’a pas été introduite dans l’histoire sans qu’elle vive, avec les hommes et les femmes qui la composaient, des erreurs, des oublis, des fautes ; chacun d’entre nous est bien conscient de ce que l’histoire de l’Église n’est pas sans tache, mais elle poursuit le dessein du Christ d’aller rencontrer non seulement tous les hommes individuellement mais aussi dans toutes leurs cultures : l’histoire de l’Église est l’histoire d’une présence aux cultures multiples de l’humanité, aux langues, aux habitudes, aux histoires particulières de tous les peuples. C’est une histoire extraordinaire par laquelle Jésus continue de s’incarner partout. Il se met à parler le langage de chacun dans les cultures les plus variées.

Le Christ est capable, à travers l’Église qui continue son mystère et qui s’approche de l’humanité, de parler toutes les langues et, d’une certaine façon, de les habiter tellement que la foi peut faire vivre, évoluer les cultures. Je pense au grand discours de Benoît XVI, ici à Paris, aux Bernardins, en 2008, par lequel il avait montré que les hommes, les moines bernardins, les moines qui cherchaient Dieu, avaient été créateurs de culture. Ce n’était pas leur idée première que de créer une culture, mais c’est bien ce qu’ils ont fait. Ce qu’ils cherchaient c’était Dieu, mais en le cherchant dans un monde précis, avec une histoire telle qu’elle était, ils ont créé la culture et ils se sont adaptés, ils ont saisi que l’Évangile était fait pour être compris des hommes et des femmes de leur temps. C’est toujours ainsi que l’Évangile se présente. Il est capable de rejoindre les cultures, de les habiter, et peut-être même de les transformer.

Et je retiens, pour finir, ces premiers mots que nous avons entendus de la première lecture : « Cher Théophile ». L’évangéliste saint Luc, qui est l’auteur de ce deuxième livre, celui des Actes des Apôtres, commence l’évangile et commence les Actes des Apôtres en s’adressant à un Théophile : un nom qui désigne quelqu’un qui aime Dieu, quelqu’un qui est aimé de Dieu aussi. Et s’il lui annonce l’Évangile, et s’il lui donne le récit des Actes des premiers Apôtres, c’est pour bien lui montrer qu’il l’aime ce Théophile ! Luc, l’évangéliste, aime celui à qui il annonce l’Évangile. Pour annoncer l’Évangile, il faut aimer ceux à qui on désire l’annoncer. Pour annoncer l’Évangile, il faut être habité par l’amour de Dieu qui ne cherche qu’à se répandre et à se faire connaître. Ces deux petits mots, « cher Théophile », disent beaucoup de l’attitude de l’évangélisateur et du témoin que chacun de nous, certainement, cherche à être. Pour annoncer l’Évangile, il faut aimer nos frères et nos sœurs à qui nous désirons l’apporter, par notre vie, par nos paroles, par l’amour fraternel qui nous habite et que nous voulons partager.

Voilà la leçon aujourd’hui de l’Ascension pour nous : qu’elle nourrisse notre façon de vivre en chrétien.

+Laurent ULRICH, archevêque de Paris

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